• Tommy Gaudet

Ça m'est arrivé...

Mis à jour : 13 juil. 2019

Je crois que je suis rendu assez loin des événements pour tenter de vous les partager. Pour ne pas alourdir trop le tout et ne pas laisser ce qui suit devenir le focus de mon expérience en tant que blogueur à tendance humoristique, je case les deux discussions/histoires dans le même article.


Je vais, dans ce qui suit et pour la première fois, mettre par écrit la fois où j'ai été victime de viol et les multiples instances de sexisme desquels j'ai aussi été victime dans mes années de recherche d'emploi.


Je ne prétends pas au titre de victime cependant. J'ai été victime, j'ai pardonné, j'avance. Ces histoires, qui sont certainement parmi les plus sordides que j'ai vécues, on m'a souvent proposé de les partager via différents médias. Je le fais ici en mes termes, en mes mots et dans la plus sincère transparence, pour tenter de faire vivre ce simple concept dans le plus de cerveaux possible: la sexualisation des partis impliqués est un premier péché quand vient le temps de combattre la violence.


Oui, je suis un homme et durant le mois d’avril 2003, j'ai été victime de viol des mains d'une dame. Depuis l'année 2006 environ, je n'ai jamais été gêné d'en parler, mais depuis 2012 j'ai noté un très bénéfique et positif changement dans l'attitude des gens qui m'écoutent. Je me souviens, en 2007, je racontais la situation à une collègue de travail qui se disait «la plus féministe qui existe». Après maintes discussions, elle a accepté le consensus suivant: j'ai bel et bien été violé, mais je n'ai pas été victime de viol. C'est la phrase que j'ai entendue qui m'a le plus fait rire jaune de toute ma vie.


Donc, sans plus attendre, on y retourne.


On était à un karaoké dans un bar près du coin Laurier et Saint-Denis. C'était une fête organisée par les responsables de mon programme universitaire: tout le monde présent se connaissait et tout le monde connaissait tout le monde.


J'étais pas mal saoul, il était passé minuit. Une dame, que j'appellerai Marie, est venue me proposer de quitter l'endroit. J'ai mentionné avoir faim: d'accord, on va manger une poutine.


Rendus dans le taxi, elle me demande mon adresse. J'ai souvenir d'avoir mentionné «Mais, il n'y a pas de poutine chez moi, pourquoi on va là?» «On s'en commandera.» est une réponse qui m'a satisfait.


On débarque du taxi, je ne me souviens plus de qui a payé, je suis vraiment saoul. J'ai un peu perdu la carte là... et ce sont des gémissements qui m'ont réveillé. Marie était assise sur moi, à faire ce que papa et maman font.


Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà eu un tel coup de fouet. Réveil instantané: je n'étais plus saoul. J'ai tenté de me lever en disant «Non, non. Il se passe quoi là?» Marie a pris mes poignets, a plaqué mes mains de chaque côté de ma tête sur le matelas de mon lit, m'a regardé dans les yeux, très insistante, en mentionnant les très romantiques mots «Attends, j'ai presque fini.»


À ce moment... plusieurs idées se sont bousculées dans ma tête. Première: je vérifie s’il y a un condom. Oui, elle m'a mis un condom. Ça m'a soulagé un peu. Je me suis raidi et j'ai attendu les yeux fermés.


J'ai souvent eu des «Pourquoi t'as rien fait?», «Pourquoi t'as bandé si t'aimais pas ça?», «Elle était bin moins forte que toi, comment t'as fait pour avoir peur d'elle?». Et bien mesdames, surtout vu que les autres sauront de quoi je parle, sachez que le pénis d'un jeune homme de 25 ans qui fait du cardio en masse, ça bande souvent. Très souvent, et souvent pour rien. Ensuite, oui, j'étais plus fort. Mais tout le monde de notre programme nous a vus quitter la salle ensemble.


Si elle revient avec un bleu, n'importe quel bleu, même un avec lequel je n'ai absolument rien à voir, je peux facilement devenir le méchant dans l'histoire. Et c'est cette peur des conséquences futures qui m'a gardé paralysé le temps que ça finisse. J'étais réellement esclave, je n'avais aucune solution, aucun plaisir, je me sentais prisonnier et... n'en déplaise à mon amie féministe de 2007, j'étais en train de me faire violer, une expérience que je ne souhaite à personne.


J'ai ensuite très mal dormi... et le lendemain, j'ai reconnu avoir besoin de parler de cet événement à quelqu'un. J'ai téléphoné d'abord à Tel-Jeunes, je connaissais encore le numéro par coeur. On a jasé un peu le gars et moi, il m'a rapidement fait comprendre que depuis quelques jours (mon anniversaire était le 23 mars), je n'étais plus admissible à recevoir de l'aide de Tel-Jeunes. Il m'a conseillé de fouiller les pages jaunes pour un organisme. Peut-être que j'ai fouillé tout croche, mais autant sur Internet que dans le bottin, il n'y avait rien pour les hommes. J'ai décidé de téléphoner à une maison pour femmes, après tout y'en avait plusieurs pages et je ne voulais que sortir ça de mon système.

Très mauvaise idée. La dame qui m'a répondu a carrément ri de moi. Oui. Du vrai rire méchant et franc. Ce que je venais de vivre était impossible selon elle. Elle a mentionné les mots «Comment t'as fait pour bander si t'aimais pas ça?». J'ai donc raccroché et tenté, par le dépit le plus total, une autre maison pour femmes. Cette fois, la personne était beaucoup plus gentille, mais a rapidement mis au clair qu'elle ne pouvait pas m'aider.


Sur ce, j'ai raccroché et un 40 onces de Jack Daniels restait dans mon champ de vision. Les yeux pleins d'eau, en riant de dépit comme un maniaque, je me suis englouti une très conséquente lampée de ce qui allait être mon seul conseiller dans cet événement. Je suis ensuite allé me promener dans les sousterrains de Metroid Prime pendant un temps indéterminé. Je ne me souviens plus de quand j'ai ensuite été capable d'en reparler... le fait de côtoyer Marie dans mes cours n'aura certainement pas aidé à digérer la pilule, mais j'ai, je crois, bien jonglé avec tout ça et réussit à tenir le coup jusqu'à ce que j'en parle à des amis, saoul, quelques années plus tard.


Mais ce qui est le mieux, comme je l'ai mentionné en début d'anecdote, c'est que la situation a changé. J'ai maintenant le droit d'avoir été violé, j'ai maintenant le droit de parler de ça en public et il y a maintenant des ressources pour les hommes à qui ça arrive.


Bonne affaire!


Voici d'ailleurs trois organismes qui sont là pour les hommes qui ont besoin de jaser. Et je me permets d'ajouter qu’y'a tellement aucune honte à avoir besoin d'aide.


https://cavac.qc.ca/

https://www.acoeurdhomme.com

https://www.serviceaideconjoints.org/fr/


Ensuite, moi victime de sexisme... J'en parle parce que pour ça aussi, en 2016 de surcroît, une féministe avouée m'a fait comprendre que ce que j'avais vécu, ce n'était pas du sexisme... Ma position n'est pas de nier le racisme ou le sexisme systémique que plusieurs organismes et militants pointent du doigt, ma position est intime: je partage mon expérience. Point. Et bien que le lexique ne plaise pas à tous les groupes de défense des droits de la personne, c'est mon expérience pareil et ça m'est arrivé et ça serait mieux que ça n'arrive pas à d'autres personnes. Alors, j'y vais.


J'ai étudié en animation et recherche culturelles. Mon but était simple: je voulais travailler avec des enfants. Je m'imaginais à 14$ l'heure, responsable d'un service de garde, payé pour jouer au hockey bottine. Paraissait même à l'époque que ce domaine vivait une pénurie d'éléments masculins.


Et bien mes études terminées, j'en ai envoyé des CV. Plusieurs centaines en une petite dizaine d'années. Sans trop m'étendre sur le pourquoi et le reste, je veux mentionner que j'ai 3 fois, en entrevue, entendu la phrase «si t'avais été une fille, on t'aurait engagé».

Check, je suis pour la parité pis tût, mais qu'une personne qui passe un éventuel employé en entrevue ressente le besoin de me dire ça... wow! Je fais quoi pour m'améliorer et devenir un candidat indispensable à mon emploi rêvé? Mais bon, ces trois occurrences sont un peu de la petite bière en comparaison à la fois où je suis allé porter mon CV au service de garde près de chez moi. La dame l'a pris et m'a demandé, rusée: «Es-tu pédophile? Parce qu'en 2010, un homme qui veut travailler avec des enfants, la plus probable raison c'est qu'il soit pédophile.»


C'est une question qui m'a totalement jeté par terre. Je ne savais pas quoi répondre. Je suis reparti, très aigri par tout ça et c'est ce soir-là que j'ai décidé d'arrêter de me chercher un emploi dans le domaine pour lequel j'avais étudié.


Maintenant, des gens vont sûrement écrire des choses comme «t'es un homme blanc cis, tu ne peux pas souffrir du sexisme systémique vu que t'es l'entité en puissance.»

Et bien, je n'ai ressenti aucune 'puissance' quand je quémandais pour un emploi et du respect et je n'ai pas du tout senti faire partie de l'élite à aucun de ces moments passés, pauvre, à m'être fait dire plusieurs fois par le système: «si t'avais pas été du sexe que t'es, t'aurais eu la job pour laquelle tu as étudié.»


D'autres vont sûrement me partager des liens vers de longs textes démontrant que je n'avais aucune raison d'utiliser les mots que j'ai utilisés étant donné ma condition de mâle blanc cis. Je ne lirai pas ces textes, donnez-vous tout de suite une tape dans le dos: vous avez percé à jour un tout croche qui ramène tout à lui et à propos de qui vous ne connaissez pas grand chose. Et faut pas me connaitre longtemps pour réaliser que je suis pas mal de tous les combats contre les caves, alors avant de me placer dans le camp des méchants, essayez d'appliquer la même patience que vous auriez eue pour une personne humaine aux chromosomes plus près de votre définition de victime.


Je le répète une fois pour terminer le tout. La violence divise. Sexualiser les combats, les crimes et les victimes est une forme de violence puisque ça divise. Et jamais je ne vais nier que par deux fois dans ma vie, cette division m'a créé le plus grand des torts. Oh, et je ne me trouve pas du tout courageux de partager ces anecdotes. Je ne le fais pas pour obtenir de la pitié ou un traitement différent. Ça va sûrement m'avoir fait du bien de les sortir de mon système par écrit, et si ce sont des mots qui aident quelqu'un qui est passé par le même chemin que moi, bin ça aura valu la peine en double.


Aussi, j'ai mentionné par deux fois que la personne avec laquelle je partageais mes anecdotes était féministe... Je me considère aussi féministe à tendance humaniste. Je n'écris pas ce texte pour basher les féministes du tout, mais pour mettre en relief le fait que tous les «ismes» doivent évoluer. C'est la seule raison pour laquelle j'ai mentionné le mot.

Vive les changements récents de perception, et je terminerai en affirmant que ce qui est le plus difficile sur Terre présentement, ce n'est pas d'être un homme ou une femme. Le plus difficile sur Terre présentement, et ça a toujours été ainsi, c'est d'être une personne humaine bien intentionnée.


Et ça, on peut tous l'être, le devenir ou s'améliorer.


Tous. Genre, vraiment tout le monde.



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